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Des avions, des bus et puis des trains.

Des avions, des trains, des voitures, des bus, des escales, des retards, des douanes, des frontières, des cafés sur les aires d’autoroute, des gares un peu vides, des aéroports un peu bondés, des plages désertes et puis parfois, un peu moins désertes. Du sable brûlant, de l’eau glacée, du sable humide, des pavés parisiens, des trottoirs londoniens, des autoroutes espagnoles, des parkings tourangeaux. Des heures de voyage, des heures d’attentes, des retrouvailles, des embrassades, des larmes, des adieux, des au-revoir, des à bientôt, des à très vite, des à demain, des à tout à l’heure, des on s’oublie pas, des on essaye de pas laisser cinq, six, sept ans avant de reprendre un café. Des tu m’as manquée, des tu vas me manquer. Des tu me manques, souvent, tout le temps. Des voyages planifiés, des piques-niques improvisés, des soirées prolongées, des salles de sport testées – et approuvées -, des kilomètres les long de l’océan, sans casque, sans musique, sans chrono, et puis quelques cafés, seule, pour changer. Des petits matins embrumés, des soirées arrosées, des repas prolongés, quelques pages de livres ici ou là, comme une pause dans ces trente-trois jours de vacances/travail, d’êtres chers, de personnes perdues de vue, d’amis retrouvés, de famille (presque) réunie. Des gin to, presque par milliers, sur des terrasses, sur la plage, qui surplombent l’océan, en plein après-midi, tard le soir, sur un canapé, parfois trop chargés, parfois trop légers, parfois avec du fromage de brebis, parfois avec du houmous, parfois remplacés par du Lillet-tonic (c’est bien moins bon, mais il avait l’avantage d’être bu au coucher de soleil, sur la plage de la Côte des Basques). Du taboulé gardé au frais, des olives parce que « je sais que tu les aimes tant », des valises éventrées, des engueulades, parfois, quand même un tout petit peu, parce qu’il parait que je laisse toujours tout trainer derrière moi. Des fous rires et des sourires. Et de l’amour, toujours, tout autour. – Cela fait une toute petite semaine que je suis rentrée. En une semaine, j’ai eu le temps de sécher un petit peu mes larmes – ou au moins, de les contenir quand il le faut -, de me repentir d’avoir reniflé pendant les huit heures du trajet retour, tête collée contre le hublot, en pleurnichant dans la manche de mon sweat, le tout nouveau, celui qui clame « côte des basques ». Il est turquoise, il m’a coûté un montant totalement indécent pour un morceau de tissu – même turquoise, même avec une inscription qui veut tant dire, mais, parce que je l’ai acheté ce jour-là, avec cette personne-là, après cette semaine-là, ces vacances-là, ce mois-là, alors il veut dire bien plus que les 140 $ investis dedans. Je m’étais consolée, en passant la barrière de sécurité de l’aéroport, ma maman et C. en larmes d’un côté, mon pull et moi en larmes, de l’autre, en me disant que ce sweat, sweat de touristes pour certains, serait mon petit bout de maison pour les ailleurs prochains. Cela fait une toute petite semaine, j’ai eu le temps de ranger ma valise, de replier mes vêtements, de faire le compte des maillots de bains oubliés (tous) (je suis une championne, ils étaient en train de sécher sur la terrasse, et puis bon, voilà, le soir, on parlait et on buvait du vin, et ma maman a dit tu oublieras pas tes maillots de bain, ils sèchent dehors, j’ai dit non, non, et puis finalement, si, bien sûr que si). La dernière journée avait ce goût de fin, comme toujours, et était ponctuée par mon énumération de dernières fois, parce que je suis incapable de faire autrement. On était allées courir le matin, en négociant avec I., 3 ans et demi, une séance de sport après avec elle pour qu’elle nous laisse partir sans trop faire la moue. En rentrant, après un café, on avait joué aux gommettes (= I. a collé des gommettes sur mes cuisses et sur mes joues) (on a ri), et puis on était partis à la plage. Il faisait très moche, et un petit peu froid, mais on avait quand même courageusement enlevé nos jeans pour sauter dans l’eau, mais si, allez, une fois qu’on est dedans, elle est bonne. Elle était bonne. Elle avait le goût salé qui manque, le reste de l’année. Elle avait le goût des dernières heures à savourer et de toutes les heures passées, déjà. Le goût du mois d’ailleurs, ou le goût du mois de la maison, vous savez, finalement, je ne sais toujours pas. Elle avait le parfum des cheveux qui blondissent, et, même si j’aurais voulu ajouter qu’elle avait le parfum des vagues qui font voler le haut de maillot de bain, je suis obligée de vous dire la vérité : la houle ne nous jamais offert de quoi surfer. On a nagé un petit peu, et puis, bon, après, on a regardé la petite bande d’ados qui trainait par là, grimper sur le grand rocher et sauter dans l’eau. Tu crois qu’il va y aller, on se demandait, et puis, oui, bien sûr, tous ses copains avaient sauté, il allait terminer à l’eau, lui aussi. On a remis nos jeans et puis, en regardant l’heure, on s’est dit que peut-être, un café ? On s’est installés tout en haut, là où le petit bar surplombe l’océan, le chemin que j’ai pris presque quotidiennement pendant deux fois dix jours pour aller courir, le soleil arrivait presque, alors on s’est dit, en plissant les yeux parce que la pluie s’en allait, que peut-être, un gin tonic, à la place du café ? En rentrant, on riait, et puis bon, c’était déjà, c’était encore l’heure de l’apéro (ce mois de juin a été riche en apéro). Le dernier, on avait sorti des olives, encore, et puis des gressins, toujours, et du vin blanc au frais. Le dernier, alors il fallait bien fanfaronner, pour cacher les larmes qui commençaient déjà à monter. On avait commandé des pizzas, pour moins s’embêter, elles étaient bonnes, même si la désinvolture de ce repas symbolisait encore mieux la fin des vacances. La fin d’un mois ailleurs, la fin d’un mois chez moi. – En une toute petite semaine, on a bien eu le temps de me demander comment ça allait. Je ravale mes larmes, je compose un sourire, je mens, un tout petit peu. Bien sûr que ça va, j’ai retrouvé mon ici, ma vie et mes amis. Mais au fond, j’aurais tout de même préféré ne pas avoir à dire tous ces au revoir. L’article Des avions, des bus et puis des trains. est apparu en premier sur les parenthèses.

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